(Actualisé avec participation à la mi-journée)
par Justyna Pawlak et Gergely Szakacs
Les Hongrois ont commencé à voter dimanche pour des élections législatives qui pourraient marquer la fin du règne de 16 années du Premier ministre Viktor Orban.
Son parti nationaliste, le Fidesz, affronte dans les urnes le Tisza, le parti de centre-droit et pro-européen de Peter Magyar, un ancien fidèle qui a su s'imposer ces dernières années comme son potentiel successeur.
Viktor Orban, 62 ans, qui a fait de la Hongrie un laboratoire du populisme de droite, a notamment reçu le soutien du président américain Donald Trump et de la cheffe de file des députés du Rassemblement national Marine Le Pen.
"Je suis ici pour gagner", a lancé Viktor Orban après avoir voté dans un bureau de vote de Budapest.
"Il y a une constitution en Hongrie et elle doit être suivie. La décision du peuple doit être respectée", a déclaré le vainqueur des quatre dernières élections législatives.
De nombreux Hongrois se sont toutefois lassés de leur Premier ministre après trois années de stagnation économique et d'augmentation du coût de la vie.
Les sondages effectués ces deux dernières semaines montrent que le Fidesz est devancé de 7 à 9 points de pourcentage par le Tisza, ce dernier recueillant environ 38% à 41% des intentions de vote.
Peter Magyar, 45 ans, a fait preuve de son optimisme quant à ses chances de victoire et a appelé les électeurs à signaler toute irrégularité lors de l'élection.
"La fraude électorale est un crime très sérieux", a-t-il déclaré après avoir glissé son bulletin dans l'urne d'un bureau de vote de la capitale hongroise.
Pour le candidat de Tisza, la Hongrie vit un moment historique à l'occasion de cette élection qui doit voir les votants choisir "entre l'Orient et l'Occident'.
Lors des dernières élections législatives de 2022, le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'homme (ODIHR), n'avait pas fait état d'irrégularités mais avait pointé un manque d'équité entre les candidats.
Les bureaux de vote fermeront leurs portes à 19h00 (17h00 GMT).
UNE PARTICIPATION RECORD ATTENDUE
Les instituts de sondage s'attendent à ce que ce scrutin attire un taux de participation record.
A la mi-journée, celui-ci était de 54,14%, contre 40,01% à la même heure lors du dernier scrutin, il y a quatre ans.
"Je pense que nous avons besoin de changement dans le pays. Nous avons besoin d'une amélioration du moral de la population; les tensions sont vives dans de nombreux domaines et le gouvernement actuel ne fait qu'attiser ces sentiments", a déclaré Mihaly Bacsi, 27 ans, à l'heure de déposer son bulletin de vote dans l'urne en faveur du candidat de Tisza à Budapest.
"Il serait important de revenir à notre engagement envers l'Occident ; c'est d'ailleurs là que le Fidesz a lui-même commencé il y a longtemps, et il se pourrait bien que nous retrouvions la voie de l'Occident sans le Fidesz."
Une autre électrice, prénommée Zsuzsa, a dit vouloir miser sur la continuité et le parti au pouvoir de Viktor Orban.
"J'aimerais vraiment que les résultats acquis ces dernières années perdurent, et je suis terriblement effrayée par la guerre", a-t-elle déclaré, en référence au conflit qui fait rage en Ukraine, pays frontalier de la Hongrie.
Viktor Orban a présenté le scrutin comme un choix entre "la guerre et la paix". Durant la campagne électorale, le gouvernement hongrois a inondé le pays d'affiches avertissant que le chef du Tisza entraînerait la Hongrie dans la guerre entre la Russie et l'Ukraine, ce que Peter Magyar nie catégoriquement.
Le vote est très suivi à Bruxelles, où de nombreux dirigeants européens critiquent Viktor Orban, ce dernier ayant exaspéré ses partenaires de l'UE au sujet de l'Ukraine récemment, avec notamment le blocage d'un prêt vital de 90 milliards d'euros pour Kyiv.
MÉCONTENTEMENT POPULAIRE
Viktor Orban a reçu le soutien de l'administration américaine, notamment lors de la visite mardi du vice-président américain J.D. Vance à Budapest.
La campagne électorale de Viktor Orban a toutefois été ébranlée par des informations parues dans les médias selon lesquelles son gouvernement aurait agi de concert avec Moscou.
Viktor Orban, qui nie toute malversation, affirme que son objectif est de protéger l'identité nationale de la Hongrie et ses valeurs chrétiennes traditionnelles au sein de l'Union européenne, ainsi que la sécurité du pays dans un monde dangereux.
Peter Magyar a su tirer parti du mécontentement suscité par les allégations de corruption au sein de l'Etat et la baisse du niveau de vie, les jeunes électeurs ayant particulièrement envie de changement.
"Je suis très excitée, mais aussi très effrayée", a dit Kriszta Tokes, 24 ans, qui vend des cartes postales et des souvenirs à Budapest.
"Je sais que mon avenir en dépend", a-t-elle dit, ajoutant qu'elle prévoyait de quitter la Hongrie si Viktor Orban remportait le scrutin.
Viktor Orban a pourtant multiplié les mesures pour s'attirer les bonnes grâces de la jeunesse.
Son gouvernement a supprimé l'impôt sur le revenu pour les moins de 25 ans et lancé un programme de prêts hypothécaires subventionnés à 3% pour aider les primo-accédants à la propriété, alors que son mandat a vu la plus forte hausse des prix de l'immobilier au sein de l'UE.
Peter Magyar et son offre de changement semblent toutefois trouver un écho favorable auprès des jeunes.
Les analystes estiment toutefois que l'issue du scrutin reste incertaine, notamment en raison du nombre d'électeurs indécis, du redécoupage électoral favorable au Fidesz et d'une forte proportion de Hongrois de souche dans les pays voisins, qui soutiennent majoritairement le parti au pouvoir.
Si Tisza l'emporte, démanteler les changements juridiques et institutionnels mis en place par Viktor Orban pourrait s'avérer une tâche colossale pour le nouveau gouvernement s'il ne dispose que d'une majorité simple au Parlement.
VOIR AUSSI: LE POINT sur les élections législatives en Hongrie
(avec Krisztina Than, Anita Komuves, Lili Bayer, Thomas Holdstock et Judith Langowski; version française Camille Raynaud et Zhifan Liu)

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